Évènement exceptionnel ! Tous à vos agendas :

Samedi 04 juin 2016 à Biarritz : Journée de l’ACF-Aquitania

« CE QUI A CHANGE DANS LA PSYCHANALYSE « 

Avec la participation exceptionnelle d’Eric Laurent, de Laurent Dupont et de Jérôme Lecaux.

Depuis la découverte par Freud de l’inconscient, la psychanalyse a changé. Si la cure est toujours cette expérience singulière de parole dont on attend qu’elle provoque un changement dans ce qui perdure d’une souffrance, notre orientation lacanienne en a pourtant fait évoluer la pratique et la théorie. L’accélération du rythme du monde, la transformation des demandes et des modes de jouir contemporains, nous obligent à vérifier le tempo de notre pratique pour maintenir ferme son éthique et sa subversion. Comment faire, en effet, quand l’analyste se voit mis en demeure, à l’instar des thérapeutiques cosmétiques, de répondre immédiatement ? Comment peut-il incarner le sujet supposé savoir quand il est mis d’emblée en position d’objet de consommation ? À l’heure du XXI° siècle et du dernier enseignement de Lacan éclairé par Jacques-Alain Miller, sommes-nous au coeur d’un moment spécifique dans l’élaboration de la praxis ? Sur la question de l’interprétation : porte-t-elle sur la vérité du symptôme ou sa satisfaction paradoxale ? Sur le corps : quel impact a le règne contemporain des images aux dépens de la parole et quelles conséquences pour la cure ? Sur les structures cliniques : que deviennent-t-elles quand la visée de l’expérience est pour chacun le serrage du réel et la nomination de sa singularité ? Enfin, avec les témoignages de passe de deux nouveaux Analystes de l’École, nous interrogerons ce qui a changé dans la façon dont les cures se terminent aujourd’hui. Éric Laurent, dont le récent séminaire a démontré comment certains concepts du dernier enseignement de Lacan contribuent à repenser la psychanalyse, nous accompagnera dans nos travaux tout au long de la journée. Alors, rendez-vous le samedi 4 juin à 10h au Bellevue, salle de la Rotonde à Biarritz !

Bulletin d’inscription Biarritz                      Programme

Morceaux Choisis

  1. « Cette métaphore, la substitution du parlêtre lacanien à l’inconscient freudien fixe une étincelle. Je propose de la prendre comme index de ce qui change dans la psychanalyse au XXIème siècle, quand elle doit prendre en compte un autre ordre symbolique et un autre réel que ceux sur lesquels elle s’était établie. La psychanalyse change, c’est un fait. »
    Jacques-Alain Miller, « L’inconscient et le corps parlant », Scilicet. Le corps parlant – Sur l’inconscient au XXIème siècle, Paris, ECF, Collection rue Huysmans, 2015, p. 28.
  2. « Le psychanalyste sait qu’il travaille avec les forces les plus explosives et qu’il lui faut la même prudence et la même scrupulosité que le chimiste. Mais quand a-t-il donc jamais été interdit au chimiste de s’occuper de matières explosives, indispensables de par leurs effets, au nom de leur dangerosité ? « S. Freud, « La technique psychanalytique », PUF, 2007, p. 141
  3. Jacques Lacan, 1974, Entretien au magazine Panorama[1]
    On parle de plus en plus de la crise de la psychanalyse. Freud, dit-on, est dépassé, la société moderne a découvert que son œuvre ne saurait suffire pour comprendre l’homme, ni pour interpréter à fond son rapport au monde.
    Ce sont des histoires. En premier lieu, la crise. Elle n’existe pas, il ne peut y en avoir. La psychanalyse n’a pas trouvé tout à fait ses propres limites, pas encore. Il y a encore tellement à découvrir dans la pratique et dans la connaissance. En psychanalyse, il n’y a pas de solutions immédiates, mais seulement la longue et patiente recherche des raisons. Deuxièmement, Freud. Comment le juger dépassé alors que nous ne l’avons pas entièrement compris ? Ce qui est certain est qu’il nous a fait connaître des choses tout à fait nouvelles, qu’on n’aurait pas même imaginées avant lui. (…) Sa doctrine a mis en question la vérité, c’est une affaire qui nous concerne tous et chacun personnellement. (…)
    Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui dans l’homme ?

    C’est cette grande lassitude, la vie comme conséquence de la course au progrès. Par la psychanalyse, les gens s’attendent à découvrir jusqu’où on peut aller en traînant cette lassitude.Qu’est-ce qui pousse les gens à se faire analyser ?
    La peur. Quand il lui arrive des choses, même voulues par lui, des choses qu’il ne comprend pas, l’homme a peur. Il souffre de ne pas comprendre, et petit à petit il tombe dans un état de panique. C’est la névrose. Dans la névrose hystérique, le corps devient malade de la peur d’être malade, et sans l’être en réalité. Dans la névrose obsessionnelle, la peur met dans la tête des choses bizarres, des pensées qu’on ne peut contrôler, des phobies dans lesquelles les formes et les objets acquièrent des significations diverses et qui font peur. (…)L’analyse en tant que dialogue, donc. Il y a des gens qui l’interprètent plutôt comme un succédané de la confession.
    Mais quelle confession ? Au psychanalyste on confesse un beau néant. On se laisse aller à lui dire simplement tout ce qui vous passe par la tête. Des paroles, précisément. La découverte de la psychanalyse, c’est l’homme comme animal parlant. Il appartient à l’analyste d’ordonner les paroles qu’il entend et leur donner un sens, une signification. Pour faire une bonne analyse, il faut l’accord, l’entente entre l’analysant et l’analyste. A travers le discours de l’un, l’autre cherche à se faire une idée de ce dont il s’agit, et de trouver au-delà du symptôme apparent le nœud difficile de la vérité.
    [1] Questions d’Emilio Granzotto, in La Cause du désir, n°88, Navarin éditeur, 2014, pp. 166-173.
  4.  « C’est la différence entre ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ce qui marche, c’est le monde. Le réel, c’est ce qui ne marche pas. Le monde va, il tourne rond, c’est sa fonction de monde. Pour s’apercevoir qu’il n’y a pas de monde, à savoir qu’il y a des choses que seuls les imbéciles croient être le monde, il suffit de remarquer qu’il y a des choses qui font que le monde est immonde, si je puis m’exprimer ainsi. C’est de cela que s’occupent les analystes, de sorte que, contrairement à ce que l’on croit, ils sont beaucoup plus affrontés au réel que même les savants. Ils ne s’occupent que de ça. Ils sont forcés de le subir, c’est-à-dire de tendre le dos tout le temps. Il faut à cette fin qu’ils soient vachement cuirassés contre l’angoisse. C’est déjà quelque chose qu’ils puissent au moins parler d’angoisse. […]Vous voyez comment sont les choses. Les choses sont faites de drôleries. C’est peut-être la voie par où on peut espérer un avenir de la psychanalyse – il faudrait qu’elle se voue suffisamment à la drôlerie. »
    Jacques Lacan, Le triomphe de la religion, Paris, Seuil 2005, p. 76- 77.
  5. […] rendre problématiques les rapports du réel et du symbolique. Cela peut sortir de l’ornière familière de nos formulations ». Jacques Alain Miller, Extimité, cours inédit du 11 décembre 1985
  6. « L’enjeu est de savoir jusqu’où il est possible de remplacer le lien installé par ce que Lacan appelle l’intuition de Freud, entre amour du père et castration, et de se délivrer de l’amour du père ? Comment cesser de penser la psychanalyse comme religion de la castration qui fonde le lien social sur la castration pour tous ? » Eric Laurent, L’envers de la biopolitique. Une écriture pour la jouissance, Navarin- Le Champ freudien, 2016, p. 132.
  7. « C’est bien pourquoi on ne peut alors se contenter de parler de sujet, de dire que l’expérience analytique est au niveau du sujet de la parole. On est obligé de mettre le corps dans le coup, c’est pourquoi Lacan parle alors de parlêtre, c’est-à-dire d’un être qui ne tient son être que de la parole, c’est un être évidemment fragile, contestable et dont rien ne dit a priori qu’il ait un répondant dans le réel. »
    Jacques-Alain Miller, L’Etre et l’Un, cours inédit du 30 mars 2011
  8. « […] Alors c’est énorme, parce que tout ce que nous avons appris avec Lacan à reconstituer comme l’histoire du sujet, c’était précisément les aventures du sens de son être. Et, on n’y coupe pas, je ne dis pas qu’il y a un court-circuit, je ne dis pas qu’on peut s’en abstenir dans la pratique, mais qu’à l’horizon des avatars du sens de l’être, il y a un « Y a », il y a le primat de l’Un.
    Alors que ce qu’on croit avoir appris de Lacan, c’est le primat de l’Autre, de l’Autre de la parole, qui est si nécessaire pour la reconnaissance du sens, l’Autre, celui qui entérine le sens de ce qui est dit et du désir. Eh bien, ici le désir passe au second plan.
    Avec le primat de l’Un, c’est la jouissance qui vient au premier plan, celle du corps qu’on appelle le corps propre et qui est le corps de l’Un. Il s’agit d’une jouissance qui est primaire, au sens où il n’est que secondaire qu’elle soit l’objet d’un interdit.  »
    Jacques-Alain Miller, L’Etre et l’Un, cours inédit du 30 mars 2011
  9. « Pour obtenir un hédonisme enfin heureux, on nous martèle : « Prends soin de ton corps ! Ecarte-toi des pensées négatives ! Evite les biais cognitifs sources de malheur assurés ! » Les techniques orientales, du yoga à la méditation, s’imposent très vite comme des recours indispensables au sujet globalisé. Pourtant, rien n’y fait. Les dépenses de la santé mentale ne cessent de rappeler aux citoyens des démocraties dites « avancées » la fragilité du sujet contemporain.Le « corps parlant », au sens de Lacan, rend compte de ces paradoxes en éclairant ce qui fonde l’opposition freudienne entre le principe de plaisir et son au-delà de jouissance. La langue du corps, celle de la jouissance, n’autorise en effet aucun hédonisme heureux. Elle oblige à en affronter le réel. Celui-ci ne manque pas, si le sujet veut le dénier, le déjouer, l’oublier, de faire irruption et de mettre en échec les algorithmes les mieux conçus, les bases de données les plus étendues, les calculs les plus massifs qui prétendent tout expliquer, tout évaluer, tout prévoir. « Eric Laurent, L’envers de la biopolitique. Une écriture de la jouissance, Navarin- Le Champ freudien, 2016, p.9-10
  10. « Ça n’est pas le sens, quel qu’il soit, de ce que vous interprétez qui compte, c’est le reste ». Jacques Lacan, Le séminaire Livre X, L’angoisse, Paris Seuil, p149
  11.  » C’est pour ne pas le perdre, ce bond du sens, que j’ai énoncé maintenant qu’il faut maintenir que l’homme ait un corps, soit qu’il parle avec sons corps, autrement dit qu’il parlêtre de nature. » Jacques Lacan, « Joyce Le symptôme, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 566.
  12. « Le réel du lien social, c’est l’inexistence du rapport sexuel. Le réel de l’inconscient, c’est le corps parlant. Tant que l’ordre symbolique était conçu comme un savoir régulant le réel et lui imposant sa loi, la clinique était dominée par l’opposition névrose et psychose. L’ordre symbolique est maintenant reconnu comme un système de semblants qui ne commande pas au réel, mais lui est subordonnée. »
    Jacques-Alain Miller, « L’inconscient et le corps parlant », Le corps parlant-Sur l’inconscient au XXIème siècle, ECF, Collection Huysmans, 2016, p. 33.<code>
    </code>