Ce concept de l’adolescence est une construction, nous indique Jacques-Alain Miller, c’est à dire un « artifice signifiant. »(1) Cet « artifice signifiant » s’est modifié au fil des siècles. Quoi de neuf actuellement ?
Bien sur, la puberté, et sa métamorphose reste identique, mais n’y a t-il pas une manière différente de l’incarner, voire de la nier, ou au contraire de la mettre en exergue ? N’y a t-il pas une revendication plus spécifique? Désarroi, détresse, solitude, sans recours, les jeunes éprouvent cette scansion dans leur « économie libidinale »(2)?
Sollicités de toute part par les réseaux sociaux, les objets connectés jour et nuit, le virtuel, par les effets de ces appels permanents du regard et de la voix, comment ces sujets que nous nommons adolescents peuvent-ils se faire responsables de la jouissance qui leur revient ?
Il est commun de dire que l’adolescence se situe entre enfance et âge adulte. Freud en a souligné les particularités et surtout le changement d’objet d’amour. Mais, les frontières sont-elles si étanches ? Les fixations de jouissance dans l’enfance restent comme marques pour un sujet. Cependant, la question de « l’immixtion de l’adulte dans l’enfant », est plus surprenante. De quoi s’agit-il ? Identification ? Effets d’un trauma ? Fixation de jouissance ? « Nous pourrions chercher justement à préciser les moments d’une telle immixtion. Il y a comme une anticipation de la position adulte chez l’enfant »(3).
S’y ajoute la question du savoir. Le maître n’est plus celui qui possède un savoir et peut enseigner. Google sait tout. Il suffit d’un clic. Comment les jeunes ados actuels acquièrent-ils un savoir ?
Les adolescents en analyse nous enseignent sur cette chute des idéaux, tant dans leurs modes de relation aux autres et aux objets, que dans leur langage, leurs désirs. Ils ouvrent la voie vers un autre style de vie, un nouveau mode de jouir. Ceci, à condition de les entendre au un par un. Ils peuvent ainsi nous indiquer la marche à suivre vers leurs propres solutions de vie. Les constructions en analyse élaborées avec chaque sujet, sont toujours à venir, jamais préfabriquées, ni universelles.
Si la société crée ce besoin de fascination par de nouveaux maitres comme, la liberté, les croyances, les jouissances du corps, les prises de risques, ou même la mort, la rencontre avec un analyste peut-elle orienter, modifier, apaiser les effets de ce grand chambardement actuel ?
Marie-Agnès Macaire-Ochoa

Ce travail de l’année s’inscrit dans la préparation de la Journée de l’Institut psychanalytique de l’Enfant qui se tiendra le 18 mars 2017, au Palais des congrès d’Issy-les-Moulineaux, sous le titre « Après l’enfance »

Renseignements : www.apreslenfance.com

 

1) Jacques-Alain Miller, « En direction de l’adolescence », Interpréter l’enfant, collection La petite Girafe n° 3, Navarin 2015, pp.191-192.
2) Sigmund Freud, « Les métamorphoses de la puberté », Trois essais sur la théorie sexuelle, Folio, 1997, p.159.
3) Jacques-Alain Miller, op. cit., p.195.