Mardi 3 octobre à 20h30 – 26, rue du Hâ à Bordeaux.

Bernard Lamothe, membre de l’ACF, introduira le thème de l’année. Il interviendra sous le titre : « Introduction à la perversion : les bases freudiennes ».
Danièle Laufer, membre de l’ECF, interviendra sous le titre : « Jouissance et perversion, les nouveaux monstres ? »

La perversion est-elle un crime ?

 

« Il n’y a de jouissance que du corps » a orienté nos travaux en 2016/2017. Nous poursuivons cette réflexion lors de cette troisième session, en questionnant ce qu’est la perversion, mode particulier d’accès à la jouissance du corps.

Son abord reste difficile et comme l’a exprimé Hervé Castanet [1nécessite de la prudence et de la rigueur, afin de se détacher du point d’horreur à quoi renvoie ce concept, « la perversion », perversion pourtant taxée de « chiqué » par Lacan.

Ce signifiant, « pervers » est également passé au langage courant, parfois accolé à narcissique, infiltrant la vie des couples, tenant lieu d’explication sur la scène judiciaire. Il est pervers, donc manipulateur, voire diabolique, coupable d’occuper cette position. Façon de ne rien dire sur le réel en cause… !

Freud s’y est intéressé, dès 1905, découvrant les théories sexuelles infantiles, et le fétichisme, comme déni de la castration maternelle, là où Lacan parlera de démenti. Freud constate « la prédisposition aux perversions comme la prédisposition originelle et universelle de la pulsion sexuelle humaine ». Jusque là la perversion se définissait comme déviation de l’instinct sexuel, liée à une dégénérescence organique.

Lacan [2a souligné le rapport du sujet pervers à la jouissance. En effet, il se fait objet de la jouissance de l’Autre, visant à compléter l’Autre qu’il tient pour incomplet et non inexistant, produisant l’angoisse chez l’autre. « Cette visée est, par structure précisément, inatteignable. Le sujet pervers échoue : l’Autre (de la loi) à jamais le sépare de la jouissance. Corps et jouissance ne peuvent se conjoindre ou se superposer ». [3]

L’écrivain, Oscar Wilde a été condamné en 1895 à deux ans de travaux forcés pour « grave immoralité » du fait de son homosexualité. Scandale alors où l’intime du sexuel est judiciarisé, cherchant à légaliser le rapport sexuel qu’il n’y a pas.

Michel Foucault a souligné comment la psychiatrie médico-légale est passée du grand monstre anthropophage, du début du XIXe siècle au recueil des perversités, à tout ce qui relève de l’anormal. « Danger et perversion : c’est ceci qui constitue, je crois, l’espèce de noyau essentiel, le noyau théorique de l’expertise médico- légale ». [4]

Sur la scène judiciaire, bien souvent les psychoses sont méconnues par les experts psy, faisant de ces criminels « des pervers, manipulateurs », et par ailleurs, la perversion est diabolisée, venant stigmatiser le monstre du XXè et XXI siècle ?

L’enjeu est important sur le plan clinique et éthique. Au cours de nos séances de travail, nous tendrons à distinguer le plus finement possible entre traits pervers qui relève d’une suppléance dans la psychose, de traits pervers dans la névrose, d’une perversion, constituée comme structure, soit d’une façon singulière de se défendre du réel.

Au cours des sept séances de cette année, nous partagerons nos réflexions, lectures, et approches cliniques.

Tout comme lors de la saison précédente, nous entendrons des membres de l’atelier à partir des vignettes cliniques, issues de leurs pratiques, et d’études plus théoriques. Quelques invités déjà pressentis nous feront le plaisir de se joindre à nous lors de certaines soirées.

 

Nous nous retrouverons le 3 octobre et vous présenterons le thème de l’année, ainsi que le déroulé des sept séances. Nous enverrons aux inscrits une première bibliographie que chacun pourra compléter.

Inscription libre (5 € lors de déplacements d’invités) par simple demande mail à : danielelaufer@gmail.com

 

1) Le 3 octobre Bernard Lamothe, membre de l’ACF, introduira le thème de l’année. Il interviendra sous le titre : « Introduction à la perversion : les bases freudiennes ».

Danièle Laufer, membre de l’ECF, interviendra sous le titre : « Jouissance et perversion, les nouveaux monstres ? »

2) Le 21 novembre, à partir d’une vignette clinique, d’une expertise, nous entrerons dans une étude différentielle des cas, perversion ou psychose, traits de perversion, suppléance ?

3) Le 09 janvier, cette soirée sera à la fois théorique et clinique. Lacan a fait référence, notamment dans le séminaire « L’éthique » et dans ses écrits, « Kant avec Sade » au marquis de Sade. Mais qui était-il, quelle est son œuvre, quel éclairage pour la psychanalyse ?

Nous discuterons également de la façon dont les « pervers » se présentent devant les tribunaux, et comment cela affecte l’ensemble des protagonistes de la scène judiciaire.

4) Le 06 février, il sera question de la perversion au féminin ? Les femmes souvent taxées de perverses, de manipulatrices, peuvent-elles se ranger du côté de la perversion ? N’est-ce pas l’apanage des hommes ? L’ouvrage d’Alain Abelhauser nous amène à un autre regard. Rodolphe Adam, psychanalyste à Bordeaux, nous présentera un travail sur le syndrome de Münchhausen.

5) Le 27 mars, Alain Merlet, psychanalyste à Bordeaux nous fait l’honneur et le plaisir de venir nous parler de l’écriture avec Jean Genet.  Il nous permettra de savoir un peu plus « qui est » cet écrivain majeur du XXe siècle.

6) Le 29 mai, nous discuterons des criminels en série. Objets d’effroi et de fascination, mobilisant les foules, leurs procès à sensation, font l’impasse sur ce qui a pu causer leurs passages à l’acte à répétition.

7) Le vendredi 22 juin, à 21h comme les deux années précédentes, nous laisserons carte blanche à notre invitée. Francesca Biagi-Chai, psychanalyste à Paris, et auteur du Cas Landru, nous a fait la joie d’accepter notre invitation. Soirée ouverte à tous !

 

[1Castanet, H., Qu’est-ce qu’une Père-Version, conférence, Université de Rennes, 2016

[2Lacan, J., Le Séminaire, Livre X – L’angoisse, Paris, Seuil (Champ Freudien), 2004

[3Castanet, H., La Perversion, Paris, Anthropos, 1999, p. 57

[4Foucault, M., Les Anormaux, Gallimard, Paris, 1999, p. 32