Samedi 1er décembre 2018 de 9h30 à 17h30 | accueil dès 9h.

Hôtel Mercure
81 cours Saint-Louis à Bordeaux

Les eaux troubles du narcissisme

avec Clotilde Leguil, psychanalyste, Analyste de l’Ecole, membre de l’ECF et de l’AMP.

« Le narcissisme enveloppe les formes du désir » [1]

Jacques Lacan

Vieux rêve, leurre, assise branlante, nerf de l’amour, starter de l’agressivité, coeur de la passion, miroir trompeur des relations, compagnon de l’identification imaginaire, cause perdue… Le narcissisme, à l’oeuvre chez le parlêtre, intéresse la psychanalyse tout autant que le discours contemporain.

Ce tiraillement à vouloir faire consister l’unité du corps tout autant que l’être, se décline aujourd’hui dans une recherche effrénée d’une image fixe, révélant une identité totale, close, définitive. Par exemple, le selfie, ce produit à promesse d’unité, invite à se jeter à corps perdu dans l’image de soi multipliée, retweetée par-delà les frontières.

Si l’image envahit les espaces, elle n’en subit pas moins les assauts du temps. Le selfie de 10h00 ne sera pas le même selfie qu’à 10h02. Déception. Point d’unité dans ce procédé. Mais de l’illimité. C’est le « caractère hypertrophique du narcissisme 3.0 » [2]

L’ambiguïté du narcissisme se révèle dans les relations. Il sous-tend autant « l’identification à l’imago du semblable », que « le drame de la jalousie primordiale » [3] qui en découle. La version narcissique de l’amour, épinglée par Freud sous les traits de la passion amoureuse [4], est cette quête – perdue d’avance – de « ce que l’on a été et que l’on a perdu, ou bien ce qui possède les perfections que l’on n’a pas du tout. » [5]

Le narcissisme contribue aussi à donner une forme au tissu social. Faire la promotion du moi crée en effet les communautés et attise la ségrégation. Il est au fondement de la fascination qui se mue en agressivité, voire en haine quand il est couplé à l’ignorance, « meurtre de celui qui incarne la jouissance que je rejette.» [6]

Croire en l’unité du moi masque les troubles de la jouissance. Derrière les belles images : les remous et les embrouilles, la jouissance torve, « diagonale » et « mal placée » [7]. Point de netteté. S’il vient colmater le vide, faisant miroiter le rapport sexuel et la consistance de l’Autre, le narcissisme est tentation intermittente pour les uns, assise à faire tenir, horizon infranchissable ou vieille pelure pour les autres. Les cas cliniques qui seront présentés durant cette journée, s’attacheront à le montrer.

Se dépasse-t-il une bonne fois pour toutes ? Peut-il en découler un usage ? Comment un Analyste de l’École a-t-il tordu le cou aux appels trompeurs ? Quels enseignements en extraire ? Notre invitée, Clotilde Leguil, viendra articuler sa passe au thème de cette journée.

Pénélope Fay

1)  Lacan, J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 427.

2)  Leguil, C. « Je », in Une traversée des identités, Paris, Paris, PUF, 2018, p117.

3) Lacan, J., « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in Écrits, p98.

4) Freud, S., « Pour introduire le narcissisme », in La vie sexuelle, PUF, p104.

5) Ibid.

6) Laurent É., « Le racisme 2.0 », Lacan Quotidien n°371.

7) Miller J.-A., « L’image du corps en psychanalyse », La Cause freudienne, n°68, Paris, Navarin/ Seuil, 2008, p100.


BULLETIN D’INSCRIPTION

Inscription : 40€ | 10€ étudiants et demandeurs d’emploi.

Renseignements : 06 61 40 08 06