Mardi 4 décembre 2018 à 20h30.

Notre réflexion portera sur les femmes en prison, sur les liens qu’elles peuvent tisser entre elles. Notre lecture sera à la fois historique, cinématographique, littéraire et clinique. Nous interrogerons ce qu’il en est de la féminité, du rapport à la solitude, à l’isolement.

Bernard Lamothe, membre de l’ACF-Aquitania, responsable de l’Atelier introduira la soirée.

Claudine Sampo, psychologue au SMPR du Centre de détention de Bordeaux Gradignan, interviendra sous le titre : « Je n’avais pas le choix », selon l’expression de « Jessy ».

Guillaume de Bortoli, psychiatre, dépliera le cas d’une patiente en obligation de soins au CMP.

Violences faites aux femmes
Violences des femmes

A travers les cas cliniques,  les vignettes exposées, les lectures théoriques, nous cherchons à en savoir un peu plus sur ce qui a causé le passage à l’acte. A partir des éléments signifiants recueillis, nous cherchons à démontrer la causalité psychique qui relève du réel [1] et non de l’instinct, de l’organique, du social.

A chaque époque cependant ses crimes et ses criminels. L’avortement, l’adultère ne sont plus condamnés par la loi. Le mariage est pour tous, signant la fin du régime patriarcal. La PMA pourrait s’ouvrir aux femmes seules, aux couples de femmes, permettant un accès légal, en France, à la procréation sans père. Sexualité et procréation seraient symboliquement disjointes, témoignant de la spécificité de l’être parlant. La loi court après les mutations sociétales cherchant à les inscrire dans le symbolique. Mais rien ne dit ce qu’il en est du désir et de l’amour, de ses impasses, de ses drames qui peuvent conduire au crime.

Le XXIème siècle ne chercherait-il pas à faire exister La Femme, en se réclamant des théories du genre, de combats féministes, se revendiquant d’une vérité, de La Vérité. A l’ère du déclin de la fonction paternelle, de l’effondrement du mariage bourgeois, les femmes veulent sortir de l’image qui leur est imposée, des contraintes et inégalités sociales. Cette lutte nécessaire et légitime semble cependant faire l’impasse sur « le monde entre l’homme et la femme » [2], le mur du langage, que ne résoudra pas l’usage de l’écriture inclusive.

Les femmes protestent, et nous aurons à l’analyser. S’agit-il « d’aspiration à la féminité », « de disparition sous le masque masculin », ou « d’une protestation féminine caractéristique d’un nouvel ordre symbolique, proche du régime de jouissance féminine et du pas-tout phallique ? » [3] Que penser alors de la revendication du « féminicide », du « syndrome de la femme battue » ?

Lors d’une première soirée, en 2015, nous avions questionné : Le crime peut-il se mettre au féminin ? Les femmes sont-elles des « Impossibles victimes, Impossibles coupables » ? [4]

Seule l’étude clinique de chaque cas dans sa singularité nous permettra d’apporter des éléments de réponse.

Selon la psychanalyse, nous ne parlons pas de violence, (même si Lacan a pu en donner des indications précieuses [5]) terme extrêmement difficile  à définir, y compris pour le droit. Sur le plan pénal, la violence constitue une circonstance aggravante et peut être psychique. Suivant l’enseignement de Freud, Lacan, Miller, nous parlons d’agressivité constitutive de la personnalité, de symptôme, de jouissance, de pulsion de mort.

La violence touche au corps, et laisse des traces physiques, psychiques. La violence passe par les signifiants, et la banalisation de certains discours. Sur la scène judiciaire, les femmes se plaignent d’être harcelées, humiliées. Quel objet est-elle alors pour l’Autre ? pour l’autre qui est son « partenaire-ravage ».

Violence est un signifiant majeur du XXIème siècle, couplé à peur et insécurité sur le plan social, à dangerosité sur le plan pénal et enfermement comme réponse judiciaire.

Cette violence au XXIème siècle toucherait-elle plus les femmes qu’avant ? La refusent-elles davantage, plus fort ? Mais aussi est ce que les relations entre les hommes et les femmes ne sont plus de l’ordre du malentendu ? La parole a-t-elle encore un pouvoir, fait elle encore lien social ?

Responsables de l’ACL/ACF : Bernard Lamothe, membre de l’ACF et Danièle Laufer, membre de l’ECF

Inscription libre (5 euros, lors de déplacements d’invités) par simple demande mail à : danielelaufer@gmail.com

Nous enverrons aux inscrits une première bibliographie que chacun pourra compléter.

Nous vous remercions de vous inscrire par mail en ce début d’année si vous souhaitez recevoir textes et informations concernant l’atelier.


[1] « Le réel au contraire (de la vérité), et c’est ce que la psychanalyse en tant qu’elle est lacanienne, et en tant que c’est la découverte de Lacan, le réel est cette part de nous non symbolisée. Si elle ne se laisse pas réduire par les mots, elle peut néanmoins être serrée, extraite, identifiée. Se dévoile alors un savoir sur sa fonction causale dans les affects et les comportements humains ». (Argument de Francesca Biagi-Chai pour sa conférence à Bordeaux, 28 septembre 2018 Dans notre vision du monde, qu’est-ce qui de la vérité pousse à agir ?)

[2] Poème d’Antoine Tudal cité par J. Lacan dans « Fonction et champ du langage », in Écrits, Paris, Seuil, 1966, p289.

[3] Alvarenga E., « Protestation féminine ou aspiration à la féminité », in La Cause du désir n°81, p148-152.

[4] Chauvaud, F., Malandin, G. (dir.), Impossibles victimes, impossibles coupables Les femmes devant la justice (XIXe-XXe siècles), Rennes, PUR, 2009.

[5] Je renvoie à l’article de Philippe Lacadée « Comment comprendre les phénomènes de violence chez les jeunes », pp225-236, in Psychanalyse et criminologie aujourd’hui, Rennes, PUR, 2016