Le Brésil face au repli autoritaire

L’ACF-Aquitania a le plaisir de vous annoncer un événement à ne pas manquer le 10 juin 2019. Nous aurons en effet la chance d’entendre Angelina Harari présidente de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Psychanalyste au Brésil, Angelina Harari est invitée au Campus solidaire et à l’Université populaire de Bègles pour parler de la situation de son pays avec l’éclairage du discours analytique dans un temps qui impose de ne pas fléchir sur les conditions d’exercices de la démocratie.

C’est un moment exceptionnel auquel vous êtes conviés et qui s’inscrit aussi la suite des forums de la Movida Zadig.

Découvrez sans tarder le mot de Philippe La Sagna !

Martine Versel

Angelina, bonjour et bienvenue dans la région de Montesquieu.

« Qu’est-ce donc qui pourrait sortir de sous le tapis au Brésil ? Le vote pourrait-il imposer une extrême-droite qui n’existe plus depuis la fin du régime militaire en 1985 et l’instauration de la VIe République Brésilienne, laquelle se caractérise par une ample démocratisation politique et une stabilité économique ? »

Voilà la question que posaitl’an passé. Angelina Harari Présidente de l’Association Mondiale de psychanalyse qui regroupe de par le monde près de 2000 psychanalystes d’orientation lacanienne, 

J’ai rencontré Angelina à de multiples reprises depuis les années 80 dans l’AMP et j’ai eu le plaisir de travailler avec elles quelques années au sein du Conseil de l’AMP. Ce serait difficile de parler de celle qui incarne au mieux le citoyen du monde. Ce citoyen qui est aujourd’hui à comprendre au féminin. Angelina est née Autre, d’abord dans l’exil :

« Je suis entrée dans la catégorie « étranger » à l’âge de cinq ans, après avoir perdu ma nationalité d’origine.. Il s’agissait d’un choix forcé : choisir de quitter l’Égypte, en 1957, en étant juive avec un passeport égyptien, impliquait la déchéance de la nationalité égyptienne. »pouvait-elle nous dire à Bruxelles en 2018.

Cela l’a amenée à créer sa nationalité :

« Aprèsêtrerestée apatride pendant treize ans, j’ai obtenu la nationalité brésilienne. Mais les séquelles de cette condition d’apatride m’ont amenée à demander une troisièmenationalité, celle de la psychanalyse, celle du psychanalyste, et donc « aussi lacanienne » : j’ai fait appel au divan dès la fin 1985. Il fallait un visa – et donc une nationalité – pour circuler entre le Brésil et la France ; ainsi ai-je pu commencer une « tranche » d’analyse dans une situation d’urgence subjective. »

Aussi Angelina sera la mieux placée pour nous parler de la situation du Brésil aujourd’hui. Pays immense de plus de deux cent millions d’habitants qui a accueilli des hommes et des femmes de tous les continents, de toutes les couleurs, qui le voulaient ou pas hélas. 

La littérature du Brésil nous permet de saisir sa réalité : «  Ce que nous comprenons au contact de ces écrivains est que les choses ne sont jamais simples au Brésil. C’est le plus souvent l’horreur et l’humour ( Gracilianos Ramos), le désenchantement et la jubilation, le plaisir et la souffrance amoureusement entrelaçés ( Clarice Lispector). »  in François Laplantine Penser le sensible p 107

Nul doute qu’un vent mauvais souffle de par le monde. La démocratie est en crise de se séparer de son union précaire avec le libéralisme, peut-être à cause de la poussée néo-libérale. En effet les inégalités, la violence et la corruption croissent en même temps que la mondialisation.

Les démocraties illibérales ont le vent en poupe. Beaucoup s’appuient sur la religion pour lancer des guerres culturelles qui visent à mettre en cause la laicité, le droit des femmes et des minorités. Voire l’existence des « autres ». Je crois que c’est particulièrement vrai au Brésil avec la singularité de l’histoire de ce grand pays et la puissance de l’évangélisme. On voit, de par le monde, le succès de religions qui ne nécessitent plus d’église au sens romain, mais qui cependant multiplient les leaders, les prophètes. La doctrine, voire la réflexion, cèdent alors le pas devant l’émotion collective, sa puissance et sa violence. 

Dans ce contexte la psychanalyse peut participer d’un front démocratique pour tenir à distance ceux qui pourraient un jour se révéler comme les ennemis du genre humain. Dans un monde où la promesse cède le pas à la menace il est urgent de construire ici et maintenant les instruments concrets qui nous permettent d’élaborer des voies nouvelles pour être ensemble dans nos différences.

Un collectif d’analystes brésiliens, dont fait partie l’Ecole brésilienne de Psychanalyse, pouvait dire récemment :

« La démocratie est le seul garant de notre avenir en tant que nation, le seul chemin vers une société libre, juste et fraternelle. Son maintien implique le soutien inaliénable à la libre expression d’idées et d’association qui se traduit dans la diversité politique, culturelle, religieuse et sexuelle, ainsi que dans le rejet de toute forme de préjugés, d’oppression sociale, raciale et sexuelle. Nous devons miser sur la construction d’une société en recherche permanente de la réduction de l’abjecte inégalité économique qui nous caractérise encore. »

Notre soirée du 10 juin à Bègles essaiera de réfléchir avec le Brésil pour mieux saisir ce qui est en jeu en Europe.

Philippe La Sagna