Samedi 18 janvier, les laboratoires du Cien organisent leur Journée des Laboratoires. Elle se tiendra à la Halle des Douves, de 9h à 17h30, et aura pour thème La sexualité au pays du langage, avec François Ansermet.

Argument

Dans notre monde contemporain beaucoup constatent que l’intimité, la pudeur, la honte, la culpabilité ne sont plus à la même place qu’autrefois. Les discours ayant changé, le refoulement, la médiation n’entrent plus en fonction face au triomphe du tout, tout de suite. La chambre de l’enfant s’est modifiée de s’être laissé envahir par les objets élec- troniques. L’enfant y est souvent seul, tranquille pensent les parents, mais pas tant que cela quand provocations ou exhibitions du corps de leur enfant leur reviennent dans le réel, par le biais des réseaux sociaux. Alice n’est plus au pays des merveilles, là où avant elle rêvait ou fanta mait. De nos jours elle n’hésite pas de façon immédiate à se dévoiler, se montrant dénudée comme un objet prêt à être consommé sur la toile du numérique. Elle s’émerveille de son corps brut ainsi affiché sans médiation au regard de l’autre. Beaucoup de parents et de partenaires de différentes disciplines s’inquiètent du fait que le sexe dans son versant pornographique envahisse de plus en plus tôt les écrans, les portables de nos jeunes dans la vie numérique. Ainsi les jeunes filles n’hésitent pas à se faire voir nues et les garçons à envoyer des vidéos en train de se masturber, ceci sans avoir aucune idée des conséquences. Tout cela diffuse très vite sur les réseaux sociaux, mettant en alerte les responsables d’institutions scolaires ou éducatives. Quelles réponses apporter à ce qui est avant tout le signe d’un grand désarroi des jeunes et de leurs responsables ? Si certains le vivent comme un jeu, c’est plutôt le signe d’une impossibilité inquiétante d’un usage de la langue pour se dire à l’autre. Le Je de l’énonciation singulière semble être en impasse. Les parents sont alertés et la police mobilisée pour venir faire de l’éducation sexuelle et faire valoir la nécessité de porter plainte pour harcèlement. « La sexualité au pays du langage » est le titre de cette journée inter-disciplinaire, car nous avons à préciser qu’il y a une sexualité infantile qui ne se résume pas qu’au sexe. Le corps de l’enfant est un lieu d’événements de sensations et d’émotions, d’être directement branché sur des pulsions liées aux orifices de son corps qui le lient à l’autre : la bouche, le regard, la voix, etc. C’est bien là le lieu où se vivent des expériences de satisfactions procurant un plus de jouissance secrète et intime. Le corps de l’enfant est avant tout un corps qui se jouit, ayant à se situer dans des pulsions civilisées où l’expérience de satis- faction est ainsi quadrillée par le langage. Alors que faire, surtout quand tout cela se réactualise au moment des métamorphoses de la puberté ? Non pas forcément faire appel à la sanction, même si elle peut apparaître parfois nécessaire, mais avant tout à la scansion, soit établir le plus possible de dialogue, de conversation, pour faire saisir aux jeunes que le langage est bien là pour réfréner la jouissance et que l’on ne peut pas jouir ainsi de tout de façon aussi brute. Le psychanalyste, l’enseignant, l’éducateur, l’artiste, le magistrat, etc., viendront témoigner de la façon dont ils savent-y-faire avec ces nouveaux symptômes envahissants. Nous soutenons la nécessité d’une pratique de la conversation pour, partant du langage des enfants, leur redonner ce goût de la parole qui disparaît dans la seule vie numérique, façon de faire entendre leur singularité face aux embrouilles du corps sexué.