Vendredi 17 février 2017. Lire la lettre complète en cliquant ici.

EDITO
Pourquoi l’autisme
Par Jean-François Cottes, rédacteur en chef

Comment se fait-il que ce trait isolé par Eugen Bleuler dans la schizophrénie – terme forgé par soustraction de l’éros du concept freudien d’auto-érotisme –, devenu catégorie clinique, diagnostic concernant une part très réduite de la nosographie psychiatrique, converti ensuite dans les différentes versions du DSM qui y a rattaché puis inclus, dernièrement, les psychoses de l’enfant – dénommées Troubles Envahissants du Développement – comment se fait-il que ce diagnostic, disais-je, ait connu un tel succès chez les praticiens, et maintenant un tel engouement médiatique et finalement populaire ? Oui, l’autisme est maintenant populaire, on s’en revendique, on s’y reconnaît.
Il faut que quelque chose ait, comme le dit Jacques Lacan à un autre propos, cheminé cent ans dans les profondeurs du goût pour qu’un tel retournement s’opère.
Vous en doutez ? Eh bien voyez comment s’est développé outre-Atlantique et arrive maintenant en France le mouvement pour le respect de la neurodiversité. Ce courant affirme que l’autisme est un fonctionnement neurologique différent du fonctionnement typique. Encore une fois le Québec assure l’interface linguistique en traduisant en français des thèses américaines. Le représentant le plus connu de ce courant est le Dr Laurent Mottron, qui n’a pas de mots assez durs pour critiquer les thérapies comportementales en tant qu’elles nient la spécificité autistique et tentent d’imposer de force le modèle «neurotypique». Nous y reviendrons.
Il apparaît ainsi une tendance à faire de l’autisme un style de vie et à le faire reconnaître comme tel. Mais est-ce tout, cela suffit-il à rendre compte de la place qu’il occupe dans le discours contemporain ? Faire accepter le style autistique, ce serait juste lui faire sa place dans le catalogue des identifications collectives contemporaines : cloisonnées, clivantes, communautaristes.
Or il s’agit de plus que cela. L’autisme attire, fascine, suscite aujourd’hui l’admiration. Ne serait-ce pas que le parlêtre contemporain s’y reconnaît ? Qu’il y cherche des réponses à ses propres énigmes, en particulier à sa tendance à se retrouver «sans le secours d’aucun discours établi», «sans aucun discours dont il puisse faire lien social» (J. Lacan). L’autiste n’incarnerait-il pas celui qui sait se passer de l’autre quand la socialité tend à se racornir dramatiquement sur la toile des réseaux sociaux des GAFA ? Question à creuser.
Le Blog s’étoffe, de nouveaux rédacteurs ont rejoint l’équipe de rédaction.
Il se veut une base permanente d’action lacanienne dans le champ de l’autisme. Il s’agit d’intervenir dans les débats pour promouvoir le point de vue de la psychanalyse d’orientation lacanienne, pour témoigner et faire connaître les pratiques qui s’en éclairent et pour faire la critique raisonnée des autres approches.
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#StayTuned n°1

Vendredi 13 janvier 2017. Lire la lettre complète en cliquant ici.

EDITO
Un désir de servir
Par Jean-François Cottes, rédacteur en chef

Vous lisez la première livraison de la lettre d’information du Blog La Cause de l’autisme. Publication apériodique, elle suivra le cours de la vie du Blog et de l’actualité concernant l’autisme. Vous découvrirez ci-dessous les nouvelles contributions. Une rubrique veille est mise en place. L’équipe s’étoffe de rédacteurs qui animeront chacun une rubrique.
Revenons quelques semaines en arrière. Cette fois-ci nous avons vu le boulet arriver. Ce n’avait pas été le cas, il y a plus de dix ans avec l’amendement Accoyer. Il avait été voté à l’unanimité de l’Assemblée nationale sans que nous en sachions rien. La lutte avait été longue – plus de deux ans – pour annihiler ses effets sur la pratique de la psychanalyse et ramener à une proportion raisonnable son impact sur la formation des psychothérapeutes. Dans ce laps de temps le Sénat d’abord, l’Assemblée ensuite, avaient pris la juste mesure politique de la question.
La résolution Fasquelle, elle, est restée à l’état de projet. Elle n’a pas passé la barre, elle demeure dans les limbes. Il a suffi de quelques semaines pour que la mobilisation opère et que l’opération soit désamorcée.
L’ECF et l’Institut Psychanalytique de l’Enfant ont pris toute leur part dans cette action. On peut dire que les plus de 20 000 signatures de l’Appel pour le libre choix de la méthode de soin et contre l’interdiction de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme auront été décisives. De même ont été essentiels le numéro spécial de LNA et les articles publiés notamment sur le Blog pour soutenir l’argumentation. Il est remarquable de retrouver cette argumentation dans les discours des députés lors de la fameuse séance du 8 décembre. Il faut dire que l’ECF et l’IPE s’appuient sur 30 ans et plus de recherche clinique et épistémique, de publications, d’engagement dans des expériences institutionnelles.
Nous voici en 2017. C’est cette année que doit être élaboré le 4ème plan autisme. Le président de la république a annoncé le 19 mai dernier qu’il “sera celui de l’apaisement et du rassemblement.” Il n’a échappé à personne d’un peu averti de ces questions que cela marquait une inflexion par rapport à l’orientation des politiques publiques. Cela indiquait qu’il fallait faire une plus grande place à la diversité des approches de la prise en charge de l’autisme. En tout cas, cela n’a pas échappé à M. Fasquelle dont la manœuvre de l’automne dernier visait à forcer la main au gouvernement pour que le 4ème plan autisme ne soit pas celui de l’apaisement et du rassemblement mais celui de l’exacerbation de la haine antipsychanalyse et de l’ostracisation des psychanalystes. Le coup a fait long feu.
Que va faire le ministère de la Santé ? On s’attend légitimement à ce qu’il tienne compte de la position qu’a prise l’Assemblée nationale, qui n’a pas accepté de se faire instrumentaliser sur le dos des personnes avec autisme. En accord avec Mme Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées, l’Assemblée a refusé d’exclure les psychanalystes de la prise en charge de l’autisme. Elle a refusé que l’on impose la méthode ABA.
On ne comprendrait pas que l’approche psychanalytique ne soit pas représentée dans l’élaboration du 4ème plan. La tâche de ce plan est immense. Les besoins de prise en charge, de soins, d’éducation, de scolarisation qui donneraient une juste place à la particularité des sujets autistes, à leur singularité, sont considérables.
Des psychanalystes pourraient utilement contribuer à la conception d’un tel plan d’action pour l’autisme. Le ministère de la Santé saura-t-il entendre ce désir de servir ?