Quand la clinique, c’est la politique.

La psychanalyse et la politique ? Tout contre !

Dans son texte des Autres Écrits daté de 1947, « La psychiatrie anglaise et la guerre », Lacan incitait les psychiatres à intervenir, avec les outils de la psychanalyse, dans ce que Freud a appelé « Le malaise dans la civilisation ». Au sortir de la guerre donc, il incite les cliniciens, à l’époque surtout des médecins, à sortir décidément du périmètre d’exercice natif de leur discipline, l’hôpital, lieu initial de la clinique. Il les pousse à s’extra-territorialiser pour intervenir dans le débat public. Pourquoi ? Pour « influer, dit-il, sur l’hygiène mentale ». Voilà bien un syntagme, hygiène mentale, qui a fait flores ! Mais qu’est-ce qui lui permet de passer d’une discipline née du plus intime, du plus privé, à des conséquences sociales, sociétales ?

C’est d’abord la théorie soutenue, dès sa thèse, par Lacan et selon laquelle, nous indique Éric Laurent, « la psychose est une pathologie du lien social. » Cette conception l’a mené vers la psychanalyse et il s’adresse en 1947 aux psychiatres à venir en leur assignant une mission « du palier, de la rue, du forum ». » Lacan n’aura de cesse, dans tout son enseignement, d’affirmer que le collectif n’est rien d’autre que le sujet de l’individuel. Jacques-Alain Miller en précisait la portée dans sa fameuse théorie de l’École énoncée à Turin en 2000 : « les fonctions au niveau du collectif sont les mêmes que celles qui se déploient dans la vie d’un sujet : moi, idéal du moi, identification… »

Cette incitation à devenir responsable à un niveau collectif, poussait donc à un élargissement nécessaire de l’assise professionnelle initiale, à la nécessité donc, par exemple, de collaborer avec les psychologues hors des murs de l’hôpital. Aujourd’hui l’on pourra se poser la question de l’extension de cette collaboration au-delà à d’autres cercles, professions, disciplines auxquels la psychanalyse s’adresse afin de poursuivre toujours plus avant cette mission. Il n’y a pas de limite a priori, et cela, non seulement quant au débat qui touche à la clinique, mais même celui qu’on dit sociétal et aussi à la politique elle-même. Car la psychanalyse est sortie de son cadre intime natif à mesure que le mouvement même de la civilisation a inclus d’abord le bonheur comme facteur de la politique (Saint-Just) puis aujourd’hui la jouissance, concept lacanien. Citons Jacques-Alain Miller : « la jouissance est devenu un facteur de la politique, la psychanalyse va-t-elle, doit-elle conserver la même distance volontiers sarcastique à l’endroit de la politique qu’à l’âge des idéologies ? Je crois qu’elle ne le pourra pas. Le privé devient public. C’est là un très vaste mouvement, un destin de la modernité, et la psychanalyse y est entraînée, pour le meilleur et pour le pire. »

Pour le meilleur et pour le pire, nous examinerons quelques aspects de cette nouvelle situation de la psychanalyse et donc du psychanalyste, en 2017.

Pierre Sidon, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP

Samedi 6 mai 2017 à 15h30
Librairie Mollat, station Ausone,
8 rue de la vieille Tour à Bordeaux.