Prochaine soirée le 17 mars 2022

Des conséquences de la séparation du couple parental, sur les enfants et adolescents.

Comment leur répondons- nous ? à partir du discours juridique, psychanalytique ?

Au XXIè siècle, à l’ère de la chute du patriarcat, un constat s’impose : la famille ne disparaît pas. Les façons de faire famille se démultiplient, et mettent l’enfant au centre de cette problématique. Mais lorsque c’est la discorde qui l’emporte au sein du couple conjugal, l’enfant tant désiré vient révéler l’échec du couple parental. L’appel à la justice est massif et s’impose. Le rappel à la loi vise à protéger l’enfant des passions destructrices de ceux qui sont ses mère et père. Et pourtant, est-ce un paradoxe ? aujourd’hui on assiste à une déjudiciarisation du divorce. Quelles en seront les conséquences pour la famille, les enfants et au delà pour la justice ?

Nos précédentes soirées ont mis l’accent sur la séparation.  Nous nous sommes interrogés sur l’objet dont le sujet criminel se sépare, dans le réel, lorsqu’il passe à l’acte. Qu’en est il de la séparation au sein d’un couple parental ? N’est-il pas symptôme de l’impossible au sein du couple conjugal, l’enfant en serait-il le révélateur ?

Pour en discuter:

Samuel Lainé, directeur adjoint à l’ENM nous a fait l’honneur  et le plaisir d’accepter notre invitation. Il a été auparavant juge aux affaires familiales.
Il interviendra sur : 

– la réforme du divorce et ses conséquences,

– face aux évolutions sociétales qu’est-ce que « faire famille » pour le Juge ?

– quels sont les axes prioritaires de formation à mettre en œuvre auprès des auditeurs de justices et magistrats face aux « malaises contemporains » qui touchent la fonction familiale et parentale ? …

Sylvain Macalli,  psychologue expert, évoquera son expérience au sein d’un groupe de réflexion, initié par Samuel Lainé, dont le projet était d’élaborer « un travail à plusieurs ». A propos des thématiques en question dans ces échanges, il nous présentera des vignettes cliniques tirées de sa pratique.

Philippe Lacadée, psychanalyste à Bordeaux, sera le discutant.
La problématique autour de cette question de société devenue banale, s’annonce riche, nécessaire, touchant au cœur de la pratique professionnelle de bon nombre de praticiens en et hors institution.

Une nouvelle articulation du droit et des jouissances ?

Notre époque connaît une remise en cause des institutions, que ce soit au nom de la rentabilité économique, ou de la liberté individuelle. Le passage à l’acte reste énigmatique et en cela constitue un réel insupportable pour une société qui se veut transparente.

Jugée laxiste et incompétente par le tribunal de l’opinion la justice est dénoncée haut et fort dans les médias. Elle se doit, elle aussi de tout comprendre, tout expliquer, et répondre avec rapidité, efficacité, grâce aux standards, barèmes promus par les légaltechs. Vive les statistiques, et au diable la prise de parole, l’écoute, le temps nécessaire pour rendre la justice ! 

Marie Leclaire, magistrat, souligne la place particulière de la justice : « La justice n’est pas seulement un service public, mais une autorité à laquelle la Constitution attribue le rôle de gardienne de la liberté individuelle, et dont l’indépendance doit être garantie au regard du principe de séparation des pouvoirs ». Elle dénonce dans cette tribune « les dogmes erronés de la « nouvelle gestion publique ».

Ces mesures masquent le mépris de la singularité de chacun qui se manifeste dans sa parole et la reconnaissance de son inconscient. « Cet inconscient suppose la rencontre de chacun avec lalangue, ainsi nommée par Lacan, en référence à la langue maternelle, celle qui nous habite comme condition de jouissance et de mode de vie, celle d’un sujet, de ses identifications et donc de son identité »

Cette année nous appuyant notamment sur l’enseignement du Dr Jacques Lacan et du psychanalyste Jacques-Alain Miller nous mettons au travail ce concept de jouissance (s) difficile à définir, qui soutient le dernier enseignement de Lacan.  Nous nous orienterons de cette balise indispensable pour éclairer la logique à l’œuvre dans tout passage à l’acte, tout acte, toute expression du vivant. 

Jacques-Alain Miller invite les « tenants du droit à savoir y faire avec l’opacité qui reste ». Il souligne « cette même opacité se retrouve dans la décision juridique ». En  effet au delà des textes du droit,  il y à l’interprétation du juge. « La décision juridique a en son centre une décision sans fondement, ex-nihilo, quelque chose de créationniste et d’insensé ». 

Le psychanalyste opère à partir de son désir, « désir averti ».

Le XXIe siècle suite à la chute du patriarcat connaît des mutations radicales et de nouvelles questions apparaissent dont doivent se saisir les psychanalystes, et les professionnels de la justice. Pour répondre par le discours psychanalytique tout en dialoguant avec le discours judiciaire  nous vous proposons six soirées au cours desquelles des participants de l’atelier et des invités interviendront.

1 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/06/28/l-ouverture-des-donnees-judiciaires-ouvre-un-marche-ou-s-agitent-de-nouveaux-acteurs_5322679_4355770.html

2Leclaire M., Desjours C., La santé et la justice sont aux prises avec le péril de la standardisation, tribune au monde, 27/08/21

3 Seldes R., La loi forclot l’interprétation, Lacan quotidien, n° 926

4 Miller J-A., Rien n’est plus humain que le crime, Mental 31, p. 13

5 Lacan J., L’éthique de la psychanalyse, séminaire, livre VII, PUF, 1986, p. 347

6 Argument et inscription sur le blog des Journées 51, https://journees.causefreudienne.org/