Le temps de savoir y faire

 –          24 septembre 2021 : Le présent épais de l’objet a et le symptôme ; le temps de savoir y faire.

La psychanalyse lacanienne ne cesse de démontrer son efficace, les franchissements subjectifs qui s’y produisent, ainsi que les soulagements ou réveils qui font la différence dans une vie. Les Analystes de l’Ecole en témoignent notamment suite à la passe.

Pourtant une analyse lacanienne peut durer, parfois très longtemps. Pourquoi ? Quelle est cette temporalité analytique du temps long, celle que l’obscurantisme bureaucratique voudrait éradiquer ? 

Nous creuserons et examinerons la piste ouverte par Lacan puis par Jacques-Alain Miller d’un « présent épais », propre au réel et à l’expérience analytique. La prise en compte de l’objet a tel que Lacan l’a formalisé implique un temps logique lié à « une certaine durée, une certaine épaisseur, et même une certaine inertie ». En effet, l’exigence pulsionnelle ne cesse jamais, même au-delà du fantasme. Là il faut du temps pour que du nouveau advienne, pour qu’un savoir y faire s’élabore, pour qu’un consentement à l’exception propre émerge. Nous explorerons avec le dernier enseignement de Lacan comment la « hâte lente » incarnée par le psychanalyste prend ici sa fonction. 

Un cas clinique nous enseignera dans la singularité de son trajet vers son style. 

 « Le temps avec Lacan »

«  Nos sociétés contemporaines sont celles des femmes et de l’homme pressé, entre la gourmandise des satisfactions immédiates toujours plus facilement accessibles et les injonctions de rentabilité inhérentes au discours capitaliste.

Mais le moment est aussi celui de la crise chronique, où les signifiants traditionnels ont révélé leur caractère de fiction, et où la possibilité de se solidifier dans la durée n’est plus laissée aux nouvelles formes de lien ou tentatives d’arrangement. La crise ne cesse de déboussoler notre temps et la stimmung actuelle pourrait s’articuler à des signifiants tels que fragilité, précipitation, ou éparpillement.

Il est d’ailleurs fréquent que les motifs d’adresses aux psychanalystes soient des souffrances subjectives singulières qui en découlent (pouvant trouver à se formuler à travers le burn out, l’addiction, la phobie sociale, etc.).

Notons par ailleurs que le rapport singulier au temps, au cas par cas, fût l’un des éléments symptomatiques mis en exergue par le récent coup d’arrêt imposé par la pandémie de Covid-19. Tâchons donc cette année d’y voir plus clair afin, comme nous y invite Lacan, de ne pas nous laisser balloter par la spire de notre époque[1].

L’assertion freudienne selon laquelle l’inconscient ne connaît pas le temps[2] est ici percutante et rappelle à quel point le concept du temps est noué à la psychanalyse depuis ses débuts. C’est un nouage intime qui va notamment de la question de la durée d’une séance, à celle d’une analyse menée à son terme, en passant par celle de la temporalité propre aux événements que sont les formations de l’inconscient, celle de l’interprétation, ou encore le temps nécessaire à l’analysant pour que se dépose un savoir qui en découle.

Nous ne ferons pas l’impasse sur les apports essentiels de la philosophie et de la science à ce propos, mais c’est bien de l’enseignement de Lacan que nous nous orienterons afin de saisir de plus près comment Le temps avec Lacan nous mène à ce qui fait le plus singulier de chaque parlêtre, au cœur palpitant donc de la pratique analytique. »

Bruno Alivon

Trois rendez-vous : sur inscription

–          26 février 2021 à 21h : Le présent, « ce passé qu’il est déjà » ; instant de voir, temps pour comprendre et moment de conclure.

Lacan J., Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée, Ecrits, Paris, Seuil, 1966.

–          29 mai 2021 : Surprise. 

Jacques Lacan a inscrit l’inconscient comme événement dans la trame du temps. Dans son séminaire XI, à partir des concepts de tuché et d’automaton empruntés à Aristote, il fait saillir la tuché comme « rencontre du réel ». Le désir de l’analyste se rapporte ainsi à ce qui surgit de façon imprévisible, affine à la surprise, et à la temporalité de l’éclair.

Abordée sous cet angle la séance analytique installe donc une régularité, un automaton, où peut s’inscrire l’imprévu, l’inattendu qui fera événement. 

Le propre de l’opération analytique, via le transfert, sera de faire que ces effets de sujet, disruptifs, s’accumulent sous forme de savoir. Qu’un autre savoir y faire avec la pulsion s’en élabore.

Nous explorerons aussi comment, dans ce séminaire décisif quant à l’orientation de la psychanalyse vers le réel, Lacan reprend à nouveau frais l’apologue des prisonniers. Il distingue l’inconscient comme foncièrement « non-réalisé », avec dès lors comme référence fondamentale le futur.

Nous nous enseignerons par un cas clinique d’un abord singulier de cette dimension.