L’inclusion est devenue un des signifiants maître de l’époque, instaurant des modifications du discours sociétal qui ne sont pas sans effet dans les pratiques des établissements éducatifs, sanitaires et médico-sociaux. Elle apparait comme réponse à une question qui ne cache pas l’idéal qui l’habite, à savoir : comment intégrer la différence, sans l’effacer au nom d’une norme ? Centres ressources, plateformes de coordination et d’orientation, réseaux, équipes mobiles… sont autant de nouvelles formes créées par les politiques actuelles, qui semblent s’inscrire dans une logique de désinstitutionalisation. Un nouveau paradigme s’est dressé pour encadrer la différence dans nos sociétés, sur la base du droit de l’homme. Dans celui-ci, l’école deviendrait le lieu primordial par excellence de l’inclusion, suivant le mot d’ordre « tous à l’école ! », là où la pluralité des lieux et le dialogue entre ceux-ci, toujours existant et fort dynamique, visent à réduire les phénomènes d’exclusion intrinsèques à tout type de formation humaine. Quelle est donc la perspective pour ceux qui ne pourront pas tenir dans la société de compétition qui est la nôtre, et aussi ceux pour qui cela est source d’une souffrance ? Les enfants et les jeunes que nous recevons nous montrent les impossibles d’une inclusion généralisée. Éric Laurent énonce l’enjeu éthique : « S’efforcer d’entrer en relation avec un sujet autiste, s’affronter à cet impossible, à ce réel, suppose d’en appeler à l’invention d’une solution particulière, sur mesure »(1). A l’occasion de cette journée, nous essayerons de dresser les contours de comment l’institution – quand elle s’appuie sur les contingences de la rencontre, les objets d’intérêt et les bouts de langue du sujet qu’elle accueille – peut permettre la possibilité de construire « un espace – qui n’est ni du sujet ni de l’Autre – d’échange et d’invention »(2). Car « en fin de compte, il n’y a que ça le lien social »(3). 

(1) E. Laurent, “La bataille de l’autisme », p.65

(2) Ibid, p.65

(3) J.Lacan, Le Séminaire Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p.51