inscription sur place possible

PAS SANS LES PARENTS ! 

Accueillir un enfant en institution implique d’y accueillir dans le même temps ses parents. Pour les professionnels du champ médico-social, cela résonne comme une évidence, c’est même une condition sine qua non pour un travail possible avec l’enfant. 

Pour de nombreux parents, le passage du « milieu ordinaire » au « milieu spécialisé » est une épreuve difficile. Les enfants que nous accueillons sont aux prises avec des symptômes souvent massifs, qui empêchent leur inscription à l’école ordinaire et qui font parallèlement vaciller l’équilibre familial. Dans ce contexte délicat, quelle fonction peut revêtir l’institution pour ces familles souvent déboussolées ? 

« Trop agité », « violent », tout seul »… Comment « réparer » ce qui déraille, ce qui cloche chez mon enfant, s’inquiètent les parents ? Face aux solutions préformatées et guides de conduite à la Super Nanny très à la mode de nos jours, il est capital que l’institution puisse se décaler d’une position de savoir. En effet, le sens universel, valable pour tous, étouffe la dimension subjective en écrasant le sujet, et s’il existe aujourd’hui de nombreux courants de méthodes éducatives censés rassurer par leur prétention à la scientificité, ils s’avèrent tout aussi vains qu’illusoires, d’autant plus quand les troubles psychiques entrent en jeu.

C’est pourquoi le travail avec les parents vise à offrir un lieu où permettre aux parents de dire et de déposer la souffrance qu’ils peuvent rencontrer avec leur enfant, de façon à inventer un nouveau type de lien avec celui-ci. Non pas à partir d’un mode d’emploi mais bien plutôt en prenant appui sur l’institution pour inventer leur propre façon d’être parent, selon leur style et leur rythme propre. 

D’autre part, et comme l’avait déjà relevé Jacques Lacan, nous faisons régulièrement le constat d’un rapport entre le symptôme de l’enfant et la subjectivité des parents. Plus ce rapport est étroit, plus ténue est la marge de manœuvre dans le travail avec l’enfant. Comment traite-t-on cette question en institution ? 

Le travail engagé par l’enfant au sein du lieu de soins peut décaler spontanément la position parentale et le fonctionnement familial. De quelle façon accompagner ce changement ? Comment faire pour que chaque Un aille vers un « faire famille » toujours singulier, à sa mesure ?

Il arrive parfois que le désaccord s’invite dans les échanges entre l’institution et les parents. Comment faire surgir du possible quand la situation se révèle dans l’impasse ? 

La contingence du confinement auquel nous avons été tous confrontés a remis au travail au sein de l’institution la question du travail avec les parents, ouvrant de nouvelles perspectives qui ont créé des effets de surprise et d’ouverture dont il s’agit de tirer enseignement. 

C’est à partir de cette boussole que nous aborderons ces questions qui font, aussi, partie du quotidien d’une institution spécialisée.

Audrey Cavernes