Comment en répondre aujourd’hui ?

Parler est à la mode et l’idée que cela fait du bien est désormais bien installée. La psychanalyse y a grandement contribué car c’est Freud qui, avec la pratique psychanalytique, a découvert que parler a des effets, que les mots peuvent toucher au plus intime et changer le cours d’une vie, qu’ils soient prononcés par l’Autre ou par le sujet lui-même.

Ainsi les offres d’écoute se multiplient, à tel point que la parole devient porteuse d’un enjeu de société et que le maître contemporain entend désormais réglementer et uniformiser les pratiques. Les protocoles et les injonctions à les appliquer pullulent, mais peut-on croire aux promesses de lendemains qui chantent qui les accompagnent ? Peut-on fermer les yeux quant à la tonalité triste et mortifère qui se propage, ou encore aux effets d’égarement et d’errance dont peuvent témoigner nombre de parlants et de professionnels ? Saisissons plutôt la logique de ce qui est à l’œuvre, car c’est une modalité de parole dévitalisée, sans la présence du sujet parlant, qui est là requise et imposée ; ce qui n’est pas sans conséquences. 

C’est à l’envers de cette pente que se situe le désir du psychanalyste. Par le truchement du transfert, le dispositif analytique permet à celui qui prend la parole d’aller au-delà des recommandations et convenances, sans savoir ce qu’il dit. S’ouvre ainsi à lui l’opportunité – car celui à qui il s’adresse s’en fait responsable – de se saisir d’un savoir nouveau dans lalangue qu’il parle, un savoir qui étonne, bouleverse. Un savoir apte à transformer durablement ce qui ne va pas et se répète inlassablement.

Voilà où nous nous inscrirons pour ce premier rendez-vous. A partir des repères fondamentaux psychanalytiques mis en exergue par Freud puis par Lacan, nous étudierons comment la parole peut faire mouche, pour approcher ce qui fait souffrir et rend étranger à soi-même, le « c’est plus fort que moi », le « je ne peux plus m’en empêcher ». Ce qui en somme constitue celui qui parle comme réel, en tant que « le réel […] c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient ». Nous explorerons les questions très concrètes qui en découlent. Comment accueillir ce qui est dit ? Quelle écoute ? Quelles réponses ? A quel moment ? 

Ce champ d’investigation ne s’arrête pas à la clinique, c’est pourquoi les disciplines connexes concernées par la dimension de la parole sont aussi invitées. Quel rapport entre la science et la psychanalyse ? Quid de l’art ? Quelle subversion la psychanalyse, dans son affinité à l’intime et à l’inconscient, peut-elle susciter dans le débat public ? 

Bruno Alivon

1 Rendez-vous à ce propos aux 52èmes Journées de l’ECF, les 19 et 20 novembre en visioconférence, « Je suis ce que je dis ; dénis contemporains de l’inconscient », https://journees.causefreudienne.org/.

Première conférence du cycle itinérant de l’ACF en Aquitaine, « Actualité de la clinique lacanienne », en Charente-Maritime en 2022-2023.

Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 118.