« Discours de domination et subversion de la psychanalyse » 

Argument

L’opposition [1] dominé-dominant s’impose désormais à tout raisonnement et se propose comme clé de lecture universelle des rapports sociaux, amoureux, raciaux. Tel l’escalier infini de l’affiche pris dans l’étau des fenêtres de surveillance [2], il n’y a pas d’issue possible. C’est une logique imparable, pile je gagne et face tu perds.
Prévenant l’écueil d’être un dominant ou un dominé, d’aucuns aspirent à (l’) être normal. Mais c’est toujours raté. Normal, le vivant ne peut jamais s’égaler à une norme.
La norme est un concept polémique énonce Canguilhem, politique réplique Foucault. Au principe du management et du pouvoir, il y a le normé, le normal et l’anormal. Par un glissement (métonymique) le normé devient continument le normal. Et le normal tente toujours d’absorber l’anormal. Car la norme n’est pas faite pour exclure mais inclure par transformation. Toujours plus quantitative que qualitative, réduite à la passion du chiffre et au rapport coût-bénéfice, la norme régit les institutions, dans le domaine éducatif, médical (evidence-based medecine), juridique, social, économique, technique.
Mais ce « pouvoir-savoir » crée inéluctablement de l’incasable, de l’irréductible, de l’indomptable, un reste que les discours de domination ambitionnent de réintégrer. Les discours d’autodétermination, de l’auto-entreprenariat de soi-même et du développement personnel s’imposent à tous, comme injonction au bonheur. C’est la promotion de l’happycratie
Cette journée sera l’occasion de montrer comment la pratique de la psychanalyse d’orientation lacanienne est résolument au-delà des normes, des idéaux, outrepassant les catégories de la clinique. La psychanalyse fait valoir la singularité du sujet de l’inconscient et son mode de jouir unique à chacun.
Ainsi pour le psychanalyste les normes ne sont-elles que des symptômes à interpréter pour leur valeur de jouissance. La fonction paternelle, son régime patriarcal et phallique, existent encore comme norme pour certains sujets. Mais la pratique de la psychanalyse, en tant que telle, est une pratique hors-norme, déségrégative. Elle conduit chacun qui s’y risque à se débrouiller avec la jouissance qui excède ou fait défaut pour inventer un arrangement satisfaisant, pas sans un rapport renouvelé au lien social.
La journée sera l’occasion de mieux saisir pourquoi Lacan [3] désigne les trois discours, universitaire, du maître et de l’hystérique, comme des discours de domination, et qu’il fait du discours analytique une exception, un discours qui ne domine pas.
Il s’agira, lors des diverses interventions, d’attraper le kairos de la subversion, non pas tant sur le versant des trois discours, que sur celui de la psychanalyse elle-même. 

[1] Découverte par K. Marx, puis M. Weber, et répandue par M. Foucault dans les pratiques sociales.
[2] Cf Jérémy Bentham et le panoptique.
[3] Lacan J., « Lacan pour Vincennes ! », Ornicar ?, n° 17/18, printemps 1979, p. 278.