« J’te dis pas ! » : Une préface qui vient souligner le degré d’importance qui sous-tend cette exclamation ! Une aporie qui vient pointer un indicible intriguant qui amène à penser que la suite sera d’une importance singulière pour celui qui l’annonce…

De n’être pas dit, on peut penser que ce qu’il y aurait à en dire est assez sérieux pour le sujet. Comme l’on peut dire parfois « tu me croiras jamais ! » pour venir ainsi appuyer la nécessité justement d’être cru, au-delà du caractère « incroyable » du discours.

Une sorte de mise en garde adressée à l’autre pour mieux accentuer le caractère invraisemblable de ce qui va se dire…

« J’te dis pas ! » sous-entend-il justement : « Je vais te le dire… » mais aussi, peut-être, un indicible qui vient là, à la place de ce que je peine à traduire en mots ?

Parce que ce « j’te dis pas ! » relève de l’intime du sujet parlant, d’une part de jouissance au-delà du discours.

En énonçant « j’te dis pas ! », le sujet vient nous en dire justement un peu plus sur ce qui l’anime, sur ce qui se passe pour lui. Le caractère exclamatif de la proposition vient mettre en lumière ce qui, de ne pas se dire, vient prendre justement une place de choix pour l’individu.

Ce « j’te dis pas ! » n’est-il pas au demeurant une demande faite à l’autre, celui à qui je m’adresse ? Une invitation à ce que justement l’autre veuille en savoir un peu plus sur ce qui m’anime ?

Ce « j’te dis pas ! » que l’on rencontre en tant qu’analysant, si souvent, et qui vient titiller l’ambivalence du désir à parler, pris entre un « j’aimerais t’en dire un peu plus » et « je ne parviens pas à te le dire »…

Ce « J’te dis pas ! » ne vise-t-il pas un peu à réveiller le désir de l’autre, de susciter le désir d’en savoir un peu plus sur ce sujet. Qu’on vienne en dire justement un peu plus sur ce qui nous fait taire ? En tout cas il y a du désir.

Du désir de dire et des résistances à parler.

Ces deux mouvements qui tracent le chemin de la parole en analyse, d’une part celui de la   retenir, d’autre part celui de la libérer, ne permettent-ils pas de mettre à l’épreuve cette tendance défensive de ne pas dire ?

En effet, la prise de parole est un risque : le risque de ne pas être entendu, ou pire de ne pas être cru et comme le soulignait Lacan en 1973 au début de son texte « L’Étourdit » : « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend ».

Ce « j’te dis pas ! » ne vient-il pas illustrer, avec vigueur la division du sujet ? Et n’est-ce pas pour faire évoluer ce « J’te dis pas ! » en « M’entends-tu ? » puis en « Je dis… » que nous traversons les tribulations de l’analyse ?

D’ailleurs à « ne pas dire », on en dit toujours un peu plus qu’on ne voudrait… On en montre un peu plus qu’il ne faudrait pour « ne rien en dire ».

L’absence de paroles n’est pas une absence de discours, elle est un discours interrompu, qui peut resurgir à tout moment depuis le silence ou la surprise…

Alors « J’te dis pas ! » une résistance ou une invitation ?? Une levée de discours ou une objection ?

A chacun d’y mettre du sien, car il y a autant de raisons de le dire que de ne pas le dire… Mais peut-être peut-on apercevoir derrière cette interjection, quelque chose autour du désir qui mène en analyse…. « Justement, dites-en quelque chose ! »