Retrouver sa jeunesse et gouverner son sexe

Nathalie Lagardère

Quentin Dupieux dans son film«Incroyable mais vrai »(1) parodie le malaise actuel du rapport de l’être parlant à ses objets a. Objets de consommation et de satisfaction pulsionnelle qui précipitent le sujet dans un rapport illimité à sa jouissance et à l’angoisse.

Croire à l’incroyable

Alain et Marie achètent une maison. L’agent immobilier les invite à le suivre au sous-sol. Là se trouve une trappe avec une échelle qui descend dans un tunnel.  

De ce trou, l’agent n’en dit pas plus car c’est tellement incroyable qu’on ne le croirait pas !

Sans dévoiler l’intrigue du film, disons seulement que le temps et l’espace se brouillent rendant possible le franchissement d’un impossible.

« Terriblement connectés »(2)

Invités chez Alain et Marie, Gérard et Jeanne leur annoncent une incroyable nouvelle, Gérard s’est fait greffer une « bite électronique », avec de nombreuses fonctions, opérationnelle 24h/24h. Il la « pilote » depuis son téléphone portable, comme il conduit ses coupés sports. Le gadget finit par l’enfermer dans une jouissance autistique, le partenaire devient une option.

Alain pose alors la question suivante : si tout le monde peut avoir la même « bite électronique », alors qu’est-ce qui fera un homme ?

Pas sans risque

Commencent alors les embarras avec le réel. Fascinés par un corps agalmatique et dans le déni d’un corps qui lâche, Marie et Gérard branchés sur leurs objets de jouissance respectifs, se feront-ils déchets de leur addiction ?

Si la pulsion rate toujours sa cible, elle atteint toujours le sujet, parfois en plein dans le mille.

Faut-il boucher le trou ?

« Faut-il boucher le trou ? » demande Alain. Le trou du sous-sol, le trou de l’inconscient ?

Le discours capitaliste flanqué du discours scientifique s’y affaire, comblant le manque avec un tas d’objets qui laissent le sujet hors-je(u) à la merci de son surmoi. Gérard et Marie se placent du côté de ce savoir excitant qui ravitaille le moi et sape l’être.

Quant au savoir inconscient il est d’emblée beaucoup moins séduisant. C’est même « un savoir emmerdant »(3) rappelle Alice Delarue dans son argument pour les prochaines journées de l’ECF.

Pour autant, la prise en compte de l’inconscient semble la seule voie pour s’en débrancher et   désarmer la pulsion. Gérard et Marie ont choisi l’ex-citant pas l’ex-sistant, ils sont terriblement connectés à leur jouissance, terriblement déconnectés de leur désir.

1Film franco-belge réalisé par Quentin Dupieux. Sortie nationale le 15 juin 2022,

2Titre de la Soirée du CEREDA, Bordeaux le 7 juin 2022,

3Lacan J., Le Séminaire, Livre XXI, « Les non-dupes errent », leçon du 11 juin 1974, inédit.

4https://journees.causefreudienne.org/category/arguments/ – Argument #3