Justice et psychanalyse face au malaise contemporain

Une nouvelle articulation du droit et des jouissances ?

Notre époque connaît une remise en cause des institutions, que ce soit au nom de la rentabilité économique, ou de la liberté individuelle. Le passage à l’acte reste énigmatique et en cela constitue un réel insupportable pour une société qui se veut transparente.

Jugée laxiste et incompétente par le tribunal de l’opinion la justice est dénoncée haut et fort dans les médias. Elle se doit, elle aussi de tout comprendre, tout expliquer, et répondre avec rapidité, efficacité, grâce aux standards, barèmes promus par les légaltechs. Vive les statistiques, et au diable la prise de parole, l’écoute, le temps nécessaire pour rendre la justice ! 

Marie Leclaire, magistrat, souligne la place particulière de la justice : « La justice n’est pas seulement un service public, mais une autorité à laquelle la Constitution attribue le rôle de gardienne de la liberté individuelle, et dont l’indépendance doit être garantie au regard du principe de séparation des pouvoirs ». Elle dénonce dans cette tribune « les dogmes erronés de la « nouvelle gestion publique ».

Ces mesures masquent le mépris de la singularité de chacun qui se manifeste dans sa parole et la reconnaissance de son inconscient. « Cet inconscient suppose la rencontre de chacun avec lalangue, ainsi nommée par Lacan, en référence à la langue maternelle, celle qui nous habite comme condition de jouissance et de mode de vie, celle d’un sujet, de ses identifications et donc de son identité »

Cette année nous appuyant notamment sur l’enseignement du Dr Jacques Lacan et du psychanalyste Jacques-Alain Miller nous mettons au travail ce concept de jouissance (s) difficile à définir, qui soutient le dernier enseignement de Lacan.  Nous nous orienterons de cette balise indispensable pour éclairer la logique à l’œuvre dans tout passage à l’acte, tout acte, toute expression du vivant. 

Jacques-Alain Miller invite les « tenants du droit à savoir y faire avec l’opacité qui reste ». Il souligne « cette même opacité se retrouve dans la décision juridique ». En  effet au delà des textes du droit,  il y à l’interprétation du juge. « La décision juridique a en son centre une décision sans fondement, ex-nihilo, quelque chose de créationniste et d’insensé ». 

Le psychanalyste opère à partir de son désir, « désir averti ».

Le XXIe siècle suite à la chute du patriarcat connaît des mutations radicales et de nouvelles questions apparaissent dont doivent se saisir les psychanalystes, et les professionnels de la justice. Pour répondre par le discours psychanalytique tout en dialoguant avec le discours judiciaire  nous vous proposons six soirées au cours desquelles des participants de l’atelier et des invités interviendront.

1 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/06/28/l-ouverture-des-donnees-judiciaires-ouvre-un-marche-ou-s-agitent-de-nouveaux-acteurs_5322679_4355770.html

2Leclaire M., Desjours C., La santé et la justice sont aux prises avec le péril de la standardisation, tribune au monde, 27/08/21

3 Seldes R., La loi forclot l’interprétation, Lacan quotidien, n° 926

4 Miller J-A., Rien n’est plus humain que le crime, Mental 31, p. 13

5 Lacan J., L’éthique de la psychanalyse, séminaire, livre VII, PUF, 1986, p. 347

6 Argument et inscription sur le blog des Journées 51, https://journees.causefreudienne.org/

Retrouvez les actualités de l’atelier dans la rubrique évènements !

Animé par Bernard Lamothe et Danièle Laufer

L’inscription est libre par simple demande mail (objet : atelier de criminologie lacanienne)